Voilà des années que l’industrie agroalimentaire assure ne pas utiliser d’ingrédients à base de nanoparticules – à savoir des substances (oxyde de fer, silicium, dioxyde de titane…) dont les plus petites particules ont un diamètre inférieur à 100 nanomètres (nm), soit un dix-millionième de mètre. Soucieux de vérifier ces allégations, 60 millions de consommateurs a lancé des analyses sur dix-huit produits sucrés. Le choix s’est porté sur des bonbons, des gâteaux et des desserts glacés particulièrement appréciés des enfants et susceptibles de contenir du dioxyde de titane (le colorant E171) sous forme nanoparticulaire.

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Des nanoparticules cachées dans nos assiettes

 

Des nanos dans 100 % des produits testés

Tous les échantillons, sans exception, contiennent des nanoparticules de dioxyde de titane ! La mention « [nano] » aurait donc dû figurer sur leurs étiquettes, conformément au règlement européen Inco*. Or, tel n’est pas le cas. Soit les marques ignorent cette présence dans les ingrédients qu’elles utilisent, soit elles nient le problème…

Pour en avoir le cœur net, 60 millions a contacté une quinzaine d’entreprises agroalimentaires sur leur usage des nanomatériaux (additifs, nanotextures, ingrédients nanoencapsulés). Près de la moitié d’entre elles ont répondu, toutes affirmant ne pas utiliser de nanomatériaux. Y compris les entreprises dont les produits du test présentent des nanoparticules de dioxyde de titane…

Mauvaise foi ou ignorance ? Impossible à savoir. Peut-être que les industriels n’ont pas accès à toutes les informations auprès de leurs fournisseurs. Peut-être aussi s’abritent-ils derrière une définition de la Commission européenne datant de 2011, selon laquelle un matériau est « nano » s’il contient « au minimum 50 % de particules de dimensions comprises entre 1 nm et 100 nm ». Le règlement européen Inco* ne prévoit pourtant aucun seuil minimum !

E171, un additif préoccupant

En avril dernier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) rendait un avis plutôt alarmant sur le dioxyde de titane, suite à une étude de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) publiée en janvier 2017. Les chercheurs ont fait ingérer à des rats du dioxyde de titane contenant 40-45 % de nanoparticules, à des doses proches de celles que l’homme peut ingérer. Après cent jours d’exposition, ils ont observé que le dioxyde de titane entraînait dans le côlon une croissance accélérée de lésions initialement bénignes comme les polypes.

Aucune conclusion n’est toutefois établie pour l’homme sur ce potentiel effet « promoteur » de la cancérogenèse du E171. Ni sur d’autres résultats non moins préoccupants, tels que le passage des nanoparticules de cet additif à travers la barrière intestinale. D’autres études sont nécessaires pour confirmer ces premiers résultats.

Pour en savoir plus :

Voir aussi

Les résultats complets de l’enquête sont publiés dans le numéro 529 de septembre 2017. Le magazine est consultable au Centre de ressources et de documentation de la Mce pendant les heures d’ouverture : https://www.mce-info.org/pratique/

 

* Le Règlement n°1169/2011 dit INCO concerne l’information du consommateur sur les denrées alimentaires. Celle-ci ne doit pas induire le consommateur en erreur. Le Règlement INCO actualise, simplifie et clarifie l’étiquetage des denrées alimentaires commercialisées dans l’Union Européenne